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Cet appel est relayé sur Facebook
S’il existe des pays moins populaires que d’autres, prononcer le nom de certains d’entre eux suffit à évoquer des malheurs irrémédiables. Tel est le cas de la Somalie qui, depuis la fin des années 1980, incarne, dans l’opinion commune, presque tous les démons de notre époque : désertification, misère, guerre civile, piraterie, islamisme. Au mieux semble-t-elle servir de terrain de jeu pour des célébrités en quête de charity business.
Et pourtant… même dans ce pays abandonné des dieux, il reste des raisons d’espérer, dont le monde entier pourrait s’inspirer.
C’est le combat que mène Fatima Jibrell depuis une vingtaine d’années. En 1991, cette native du Puntland (région du Nord-Est de la Somalie, autoproclamée autonome depuis 1998) émigrée aux Etats-Unis rentre dans son pays natal. « On s’est dit que l’Amérique n’avait pas besoin de nous, alors que la Somalie, si », raconte t-elle.
Elle y constate la dégradation intense de l’environnement (disparition de la savane et de la faune qui y vivait dans sa jeunesse) et la désorganisation des communautés rurales sous l’effet de la guerre et d’une urbanisation non maîtrisée.
Mais une des causes majeures de désertification est la surexploitation du charbon de bois d’acacia à destination des pays du Golfe, qui en sont de gros consommateurs.
C’est alors qu’elle fonde l’association Horn Relief et mène des actions de sensibilisation du public, et du lobbying auprès des autorités locales afin de mettre fin à ce commerce. En 1999, elle organise une marche pour la paix dans la capitale du Puntland.
L’année suivante, le gouvernement interdit le commerce du charbon de bois, ce qui permet une baisse des exportations de l’ordre de 80 %.
Dans les années qui suivent, c’est l’usage du charbon de bois par la population locale qui attire son attention. Bien que la consommation domestique de ce produit réponde à un besoin primaire et pas à un luxe superflu, elle reste nocive pour l’environnement en détruisant l’habitat de la faune sauvage et en fragilisant les activités agricoles.
Comme alternative, elle propose, à travers l’association Sun Fire Cooking, fondée en 2006, la diffusion de fours solaires (au prix de 160 euros pièce et dont les performances sont proches de celles des fours à gaz). En quatre ans, elle a pu faire installer 2.000 fours chez les foyers ruraux, permettant la repousse des acacias.
L’association enseigne également le mode d’emploi et d’entretien des fours aux familles, et sensibilise les bergers à la protection des acacias, souvent grignotés par le bétail dans les premiers mois de leur existence.
Et, au-delà ? Fatima Jibrell envisage également une gestion durable des ressources maritimes, qui pourraient nourrir le pays, mais qui sont à la fois totalement négligées par les autorités locales et surexploitées par les grandes flottes de pêche commerciale. « Nous avons une population de moins de 10 millions d’habitants, une des plus longues côtes du continent, riche en ressources, mais nous n’avons aucune infrastructure pour l’exploiter ». Elle porte un projet de port avec l’ONG Oxfam.
En 2002, Fatima Jibrell a été récompensée par le Prix Goldman pour l’Environnement.
Source : Libération, 21 août 2010, « En Somalie, des fours en rayons », Guillaume LAUNAY
http://en.wikipedia.org/wiki/Fatima_Jibrell
http://www.toogezer.com/les-invitees-dhonneur-du-1er-tour-du-monde/
http://fr.wikipedia.org/wiki/Pount_%28Somalie%29
http://www.sunfirecooking.com/
* Cette phrase est inspirée de l’ouvrage « Ebène » de Ryszard Kapuscinski

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